Aux origines du lieu : la salle historique

Après la révolution de 1830, le régime a doté l’École d'une nouvelle organisation, et en premier lieu, ses livres lui sont restitués. Les collections de la bibliothèque ne cessent de s’accroître du fait, notamment, du développement nouveau des études d’histoire, de physique, de littérature française.
Achille Devéria, "Alphonse de Gisors", dans Arthur Hustin, Le Palais du Luxembourg, Paris, 1904, p. 37. BnF,  FOL-Z LE SENNE-555. Disponible en ligne sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6525813w/f54.image<br />

Achille Devéria, « M. Alphonse de Gisors », lith. reprod. dans Le Palais du Luxembourg, Paris, 1904, p. 37. BnF, FOL-Z LE SENNE-555. Disponible en ligne sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6525813w/f54

Depuis 1828, l’École normale est installée dans le collège du Plessis, rue Saint-Jacques, dans des locaux vétustes et inconfortables ; la bibliothèque, qui occupe trois petites pièces, est alors très à l’étroit et ses collections sont entreposées dans des magasins sombres. En 1841, Victor Cousin, ministre de l’Instruction publique depuis 1840, fait adopter un projet de loi affectant un crédit extraordinaire à l’acquisition d’un terrain, à la construction et à l’ameublement d’un nouveau bâtiment pour l’École normale.

Le terrain choisi pour accueillir le nouveau bâtiment se situe rue d'Ulm, sur l'ancienne vigne du couvent des Ursulines de Paris, fermé sous la Révolution française, dont la vente des terrains à partir de 1798 avait permis le percement de la nouvelle rue en 1807.

Alphonse de Gisors (1796-1866), architecte des bâtiments civils, est chargé de sa conception. Ancien élève de l'École des beaux-arts, second prix de Rome en 1823, il a déjà réalisé une partie des bâtiments du Palais du Luxembourg et restauré le théâtre de l’Odéon. En 1854, il sera élu au siège n°7 de la section d'architecture de l'Académie des beaux-arts. Gisors conçoit le plan de l'École comme celui d'un monastère, avec un cloître surmonté de deux étages.

Étienne Moreau-Nélaton, « Le Grammairien », dans <em>Au Palais des cubes, </em>eau-forte, 1894. Écol normale supérieure, Bibliothèque Ulm-LSH

Étienne Moreau-Nélaton, « Le Grammairien », eau-forte, dans Au Palais des cubes, 1894. Bibliothèque Ulm-LSH

La bibliothèque occupe alors une place d’honneur, au premier étage et au centre du bâtiment, entre les locaux réservés à l’enseignement des lettres et ceux des sciences. Cette salle de 250 m² et 4,5 mètres de hauteur sous plafond est typique des bibliothèques aménagées dans la première partie du XIXe siècle : une salle unique pour la lecture et la conservation des livres, une importante hauteur sous plafond, des échelles pour accéder aux rayonnages hauts, des armoires en chêne grillagées permettant aux livres d’être conservés dans de bonnes conditions tout en décourageant les vols, ainsi qu’une estrade destinée à accueillir le bibliothécaire. La salle est conçue pour servir à la séance annuelle de rentrée pour les études. Décorée avec élégance, inondée de lumière naturelle, avec vue sur le jardin, elle offre un cadre d’étude privilégié aux élèves.

Les meilleurs artisans sont sélectionnés pour la réalisation des aménagements de la salle ; les Archives nationales conservent les mémoires des travaux de menuiserie, de serrurerie et des ouvrages de grillages commandés pour la bibliothèque. En 1847, la bibliothèque compte 20 000 volumes. La croissance exponentielle de ses collections nécessitera plus tard des extensions successives.

Le 4 novembre 1847, le nouveau bâtiment est inauguré. La cérémonie a lieu dans la bibliothèque, salle de prestige, en présence du ministre de l’Instruction publique, Narcisse-Achille de Salvandy, ainsi que de Victor Hugo, de Victor Cousin et de nombreux officiels français.

Antoine Bovy (1795-1877) est chargé de graver le coin d'une médaille destinée à commémorer la pose de la première pierre du nouvel édifice, l’exécution du modèle ayant été confiée au sculpteur Jean-Baptiste Klagmann (1810-1867).

Aux origines du lieu : la salle historique